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Politique / Société

Réussir la transition écologique (2) : réformer la formation professionnelle

La rédaction, Olivier de Jaurès, 27/12/2009 / Note : 5 - 6 votes
Politique / Société

A la veille des élections régionales, Novo-Ideo.org relance le débat sur les conditions de la transition écologique, apparu lors des dernières élections européennes. Changer, c’est se former. Or, avec plus de la moitié de la population active dont le niveau est au plus équivalent à un CAP ou un BEP et plus de 120 000 jeunes qui sortent du système éducatif sans qualification, la France est en échec sur ses politiques de la formation professionnelle. Cette situation tranche avec d’autres pays comme la Finlande dont chaque année la moitié des salariés en activité suivent des programmes de formation continue.

La formation professionnelle mobilise environ 2% du PIB dans une perspective de « la formation tout au long de la vie », telle que redéfinie par les Etats européens lors du Conseil de Lisbonne en 2000. Les entreprises dépassent globalement leur obligation légale à ce niveau en y consacrant près de 3% de la masse salariale.

Importance des fonds et faiblesse des résultats

Pourtant, le rapport de la Cour des Comptes d’Octobre 2008 consacré à ce sujet avait pointé « l’insuffisance mutualisation des fonds collectés par les entreprises » [1] en concluant au « un cloisonnement des dispositifs, aggravé par une faible coordination » entre Etat et les Régions dont cette compétence est de droit commun depuis 2004 [2].

La formation professionnelle manque ses cibles

De fait, les bénéficiaires sont renvoyés vers l’Etat (pour l’enseignement professionnel initial), les Régions et les entreprises (pour l’apprentissage), les entreprises et les branches (pour les périodes d’activité salariée) et de nouveau les Régions et le service public de l’emploi en cas de recherche d’emploi. Peu de possibilités dans ce contexte pour construire des parcours individualisés. Ce sont les publics les moins formés ou les moins qualifiés qui en font les frais.

Malgré les évolutions récentes (création par la Loi du Droit individuel à la formation), si un tiers seulement des salariés ont accès à la formation, seulement 10% des demandeurs d’emplois [3] et 10% des 5 millions de travailleurs sans diplôme ni qualification et des 700 000 demandeurs d’emploi non qualifiés accèdent à une formation [4]. L’exemple de l’échec relatif d’un dispositif pourtant prometteur tel que la VAE est le reflet de ces dysfonctionnements.

Pour remédier à la faiblesse de l’action de formation vis à vis des chômeurs et des moins qualifiés, les partenaires sociaux ont débloqué fin 2008 prés de 360 millions d’€ en avec un objectif de passer à 900 millions fin 2009 dans un fonds de « sécurisation des parcours professionnels ». Objectif de cet accord : former 500 000 salariés peu qualifiés et 200 000 chômeurs supplémentaires en concentrant l’utilisation des fonds de la formation pro sur ces publics prioritaires.

Le gouvernement a finalement repris les grandes lignes de l’accord signé le 7 janvier par les partenaires sociaux. Les chômeurs devraient notamment bénéficier d’un meilleur accompagnement vers l’emploi.

Quelle est le point central de cette réforme ?

L’avancée principale tient dans la création d’un fonds paritaire centré sur les chômeurs et des salariés peu qualifiés, notamment dans les petites entreprises. Ces personnes ont beaucoup de mal à utiliser leur droit à la formation censé être un outil de mobilité sociale.

Ce fonds dit de sécurisation des parcours professionnels, financé par les contributions obligatoires des employeurs, devrait assurer le financement des actions de préparation opérationnelle à l’emploi. [5]

Quelles sont les autres nouveautés dans la formation professionnelle prévues dans le projet de loi ?

La préservation du droit individuel à la formation (20h par an) après un licenciement est instituée. ainsi que la création d’un « bilan d’étape professionnel » entre salariés et employeur. Les personnes au RSA seront concernées par les contrats de professionnalisation.

Enfin, le texte prévoit une séparation des contributions en fonction de la taille des entreprises pour éviter que les petites ne payent pour les plus grandes.

Quelles limites ?

L’absence de cohérence liée à la multitude des acteurs n’a pas été abordé. Le Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie (CNFTLV), composé des organisations patronales et syndicales, des conseils régionaux et de représentants de l’Etat, a d’ailleurs rendu le 15 avril dernier un avis consultatif négatif sur ce projet de loi. La CFDT a notamment déploré l’absence d’une formation initiale différée pour les jeunes sortis du système scolaire sans qualification. Cette mesure avait été demandée par les partenaires sociaux en janvier.

Ce faisant, l’Etat poursuit son double désengagement au détriment :

  • des partenaires sociaux, en diminuant son effort de formation, divisé par plus de 4 en moins de vingt ans,
  • des Régions, sur la période récente (2006/2007). En leur transférant les crédits destinés à l’AFPA, celles ci réalisent désormais plus de la moitié des 600 000 stages réalisés chaque année.

Les parlementaires ont pris du retard en 2009 pour traiter ce sujet épineux en temps de crise accrue. Avec la disparition annoncée de la taxe professionnelle en 2010, les Régions pourraient se trouver en difficultés pour faire face à cette compétence essentielle qui mobilise prés du quart de leur budget [6]. Les Régions ne sont pas dotées de l’ensemble des outils propres à cette compétence éclatée et devraient avoir les plus grandes difficultés pour assumer le rôle de tête de file qu’elles souhaitent.

Le 27 décembre 2009, par La rédaction, Olivier de Jaurès

Propositions :

  • refondre cette politique en donnant aux Régions la compétence pleine et entière
  • unifier l’ensemble des fonds collecteurs, contrôlés par les partenaires sociaux
  • simplifier l’ensemble des dispositifs existants sous la forme d’un droit de tirage unique pour tous-tes à la formation, de deux ans, mobilisable à tout moment

[1] C’est un rapport de l’Inspection générale des finances et de celle des affaires sociales qui jette encore (tout récemment) un pavé dans la mare. Pour mener au mieux la réforme de la formation professionnelle, Christine Lagarde et Laurent Wauquiez avaient chargé l’IGF et Igas d’enquêter sur le système de collecte de fonds pour la formation professionnelle. Leurs conclusions sont sévères. Les inspecteurs relèvent de "graves défauts systémiques", pointent du doigt l’absence de contrôle et dénoncent un système "qui ne fonctionne pas". Des critiques qui portent sur d’importants montants puisqu’en 2008, la collecte des fonds de la formation professionnelle atteignait 6 milliards d’euros. Au final, le rapport suggère de confier un pouvoir de contrôle au futur Fonds paritaires de sécurisation des parcours professionnels et de collecter les fonds auprès des entreprises non plus tous les ans, mais tous les semestres ou tous les trimestres.

[2] La loi du 4 mai 2004 a transcrit un accord interprofessionnel du 20 septembre 2003, demande à l’employeur "d’assurer l’adaptation de ses salariés à leur poste de travail et à l’évolution de leur emploi"

[3] Source Insee

[4] Source CFDT

[5] Selon "L’Expansion" qui reprend l’information : "ce dispositif doit permettre à un chômeur d’acquérir les compétences professionnelles pour occuper un poste proposé par Pôle emploi. Parmi celles-ci, la maîtrise de la langue française, la pratique d’une langue étrangère, mais aussi l’aptitude à actualiser ses connaissances et à travailler en équipe. A l’issue de la formation, l’employeur s’engage à embaucher l’intéressé en CDI, en contrat de professionnalisation ou en CDD d’au moins douze mois".

[6] Moyenne métropolitaine, CA 2007 : 22% des dépenses régionales sont consacrées à la formation professionnelle et l’apprentissage


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